TERRITOIRES ET ECHANGES AU PALEOLITHIQUE SUPERIEUR (3).

 

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  4. TERRITOIRES CULTURELS.

 

 

 

 

  Espaces de ciculation des objets à valeur strictement sociale :

→ les objets de parure ;

→ les oeuvres d'art mobilier.

Espaces de parentés techno-stylistiques.

 

 

 

 

 

Les territoires de subsistance, c'est à dire les espaces de circulation des biens alimentaires et techniques (silex),

                                              peuvent être confrontés aux territoires culturels, c'est à dire aux espaces de circulation des objets à valeur strictement sociale (artistique, esthétique ou rituelle), mais aussi aux aires de distribution des parentés techno-stylistiques.


 

 

 

La notion de Territoire Culturel n'est pas aisée à définir : pour Cyril MARCIGNY ( Archéopage, avril 2008 ), le territoire culturel est "un espace où évoluent des groupes humains unis par un même code de représentations (de pensée et d'expression artistique), par un même comportement technique et économique, par une même organisation sociale". 

 

 

 

 

 

Ces espaces, de taille bien supérieure aux territoires de subsistance, impliquent l'existence de contacts et d'échanges inter-groupes.

 

 

 

 

 

 

=> Espaces de circulation des objets à valeur strictement sociale.

 

 

 

Les objets à valeur sociale peuvent être répartis schématiquement en deux groupes :


les objets de parure :

La parure est un signe destiné à communiquer une information, c'est un langage muet utilisé dans toutes les sociétés.

        - dents aménagées ;

      - pendeloques en matière animale (contours découpés en os hyoïde de cheval, perles, boutons, bracelets, coquillages...) ;

        - pendeloques en matière minérale (cristal de roche, pyrite, fossiles...).

 

les oeuvres d'art mobilier :

On désigne ainsi les productions humaines que l'on peut aujourd'hui qualifier d'oeuvres d'art, sur des objets de dimensions limitées, autrement dit d'une taille permettant leur déplacement.

        - objets à usage matériel ( il s'agit d'objets du « quotidien », en pierre, en os ou en bois de cervidés, qui ont été gravés ou sculptés : bâtons percés, lissoirs, manches...)

      - objets à usage non matériel (dans cette catégorie d'objets, on trouve : les plaquettes de pierre ou d'os ornées d'un décor qui évoque l'art pariétal ; les statuettes en matériaux divers).

 

 

 

 

 

LES OBJETS DE PARURE.

 


 

Par le terme de "parure", on désigne des "petits objets solides qui s’adaptent à d’autres matériaux auxquels ils sont attachés ou suspendus : cette définition inclurait les pendentifs, les amulettes et théoriquement n’importe quelle catégorie de petits objets à suspendre. Bien que nous fassions référence aux perles en tant que parures corporelles, cela ne suppose pas nécessairement qu’elles soient exposées à même le corps. Conformément à ce que l’on observe dans les sociétés modernes, il est probable que les perles du Paléolithique étaient très souvent attachées aux vêtements ou à d’autres éléments mobiles qui eux, malheureusement, n’ont pas survécu au temps" (KUHN et STINER, 2006).

 

 


 

Les objets utilisés pour la parure par les hommes du Paléolithique sont de natures variées. On peut, dans certains cas, déterminer leur provenance (exemple : roche spécifique, fossile, coquillage...) et ces objets peuvent parfois avoir une provenance plus ou moins éloignée géographiquement du lieu où ils ont été retrouvés.


 

 

 

 


Ainsi, par exemple, pour Y. Taborin, "le coquillage, quand il est d'origine lointaine, est un document essentiel pour connaître le dynamisme social, ce nécessaire réseau de relations, de fraternités, de contacts entre groupes. Il ouvre l'espace connu des tribus qui paraissaient ancrées dans leur territoire familier.  [...] La parure est portée par les gens et elle arrive avec eux, sur leur corps, dans les groupes qu'ils visitent. La parure est le reflet des mouvements internes de la société et de ses échanges" (Taborin, 2004).

 

 

 

 

 

Exemple des parures des Solutréens du sud-ouest de la France (Castel, Chadelle et Geneste, Nouvelle approche des territoires solutréens du sud-ouest de la France, 2001).

 

Sans titre 2

 

Les auteurs ont recherché la présence sur les sites étudiés de "produits techniques et symboliques en matière animale dans des régions éloignées de celles où l'analyse archéozoologique indique la présence des espèces correspondantes".

 

Ainsi, par exemple, le mammouth est "représenté sur plusieurs sites sous forme de fragments d'ivoire parfois travaillés". Mais cette présence marque "l'exploitation d'une matière première et non à proprement parler de l'exploitation de l'animal lui-même, car l'absence d'os de cette espèce montre l'absence de préoccupations alimentatires dans son utilisation.

 

Si l'on considère à présent les coquillages, les auteurs soulignent que "les coquilles marines, dans la plupart des gisements solutréens pris en considération, indiquent deux sources constantes mais diamétralement opposées : la côte atlantique (à la fois la ligne de rivage et les gîtes fossiles des falums de la région bordelaise) et la côte méditerranéenne".


voir aussi concernant les coquillages solutréens : L'animal : valeur symbolique. LA PARURE. Les objets naturels utilisés en parure.

 

 

Sans titre 1

 

Bilan :

L'existence de ces déplacements de matière animale sur des distances nettement supérieures à la taille des territoires de subsistance des groupes solutréens implique "soit des déplacements des groupes humains, soit des relations d'échanges entre partenaires d'un même groupe culturel".

 

 

 

 

 

 

 

 LES OEUVRES D'ART MOBILIER.

 

L'art mobilier concerne les objets pouvant être décorés, que ces objets soient utilitaires (sagaies, harpons...) ou non (statuettes, plaquettes...). Les limittes avec l'art pariétal (qui orne les parois, les plafonds, les sols des grottes et des abris) sont souvent imprécises, car des blocs ornés plus ou moins volumineux se rapprochent davantage de l'art pariétal que des manisfestation immobilières.

 

 

Les statuettes féminines gravettiennes (23 000 à 20 000 avJC)

(G. BOSINSKI et F. LONTCHO, Images de la femme préhistorique, L’Archéologie, n°87 décembre2006-janvier2007)

 

 

Ces statuettes sont le plus souvent appelées « Vénus » : "ce terme de Vénus, donné avec un peu de dérision par J. Szombathy, a malheureusement rencontré du succès parmi les préhistoriens et le public. Il implique que ces sculptures représentaient un idéal de beauté, alors que le message qu’elles véhiculent est tout autre" (BOSINSKI et LONTCHO, 2007).

 

 

• Description :

 

Sur les sites de la culture de Kostenki-Avdeevo en Russie ont été retrouvées de nombreuses statuettes féminines. Toutes ces statuettes représentent des femmes nues, assez souvent enceintes, avec une tête peu représentée, des jambes courtes aux pieds souvent absents. 

 

Kostenki1

 

Ainsi, c’est le centre du corps qui est privilégié, ce qui amène Bosinski et Lontcho à conclure que ces statuettes féminines représentent "le principe de la fertilité, le miracle de la naissance, la source de la vie".

Kostenki2

 

 

 

 

 

Or, des statuettes présentant les mêmes caractéristiques existent aussi bien en Allemagne, en Autriche, en France et en Italie. Là aussi, c’est le centre du corps qui est privilégié : la tête et les jambes sont peu détaillées.


Par exemple, la  Vénus de Willendorf, découverte en Autriche en 1908, on estime sa création à 23000 BP. Ses rondeurs et sa perfection stylistique en ont fait un des objets les plus connus et les plus représentatifs de cette époque :

319px-Venus von Willendorf 01

 

 

On peut aussi citer la Vénus de Lespugue, découverte en 1922 et a été datée entre 26000 et 24000 BP :

Vénus-de-Lespugue

 

 

Des statuettes stylistiquement très semblables ont aussi trouvées en Italie :

italieou encore en république Tchèque :

rep tcheque

 

• Datation :


Anciennement considérées comme aurignaciennes, ces statuettes sont aujourd’hui attribuées au Gravettien ou au Magdalénien.

 

 

 

Ainsi, de la rivière du Don à l’océan atlantique, des gens de cultures matérielles différentes représentèrent un modèle identique dans leurs statuettes, comme s’ils partageaient une culture et une religion qui impliquaient des représentations analogues.

 

 

 

• Interprétation :


Les figurations féminines de l’art mobilier du Paléolithique supérieur n’avaient aucune utilité pratique pour activités de subsistance. Elles ont le plus souvent été découvertes dans le cadre d’habitat, en plein air comme en grotte, plutôt que dans des sépultures. À Gagarino en Russie, sept Vénus ont été découvertes à l’intérieur d’une cabane ovale de plus de cinq mètres de large : elles ont été interprétées comme des amulettes apotropaïques correspondant aux occupants du lieu. À Mal’ta, près du lac Baïkal, les figurines n’étaient présentes que du côté gauche de la hutte.

Les Vénus n’étaient donc probablement pas des amulettes cachées ou secrètes, mais plutôt exposées à la vue de tous (ce qui expliquerait leur grande diffusion géographique). Certaines statuettes sont porteuses d'une perforation, permettant de les porter en pendeloque (Femme au cou perforé de Grimaldi), voire d'un anneau de suspension (Vénus de Hohle Fels) avec traces d'usure, prouvant qu'elles ont été portées.


exemple : Venus de Hohle Fels avec anneau de suspension

Hohle Fels

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

=> Espaces de parenté techno-stylistique.

 

 

TERRITOIRES ET ECHANGES AU PALEOLITHIQUE SUPERIEUR (4).

 


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